On sort les vidanges – Des milliers d’agresseur.e.s démasqué.e.s doivent rendre des comptes

Depuis quelques semaines déjà, un mouvement de dénonciation d’artistes et de professionnel.le.s du divertissement et de la restauration québécois exsude du ras-le-bol collectif des survivant.e.s – majoritairement femmes – de harcèlement, d’agression et de coercion sexuel.le et psychologique dans la belle province. Dans la même veine que les mouvements #Dénoncetonporc et #Moiaussi prenant leurs racines en 2007, mais ayant gagné de la popularité en 2017 sur les réseaux sociaux, ces dénonciations, parfois anonymes, parfois publiques, visent à diriger les projecteurs pour éclairer les problèmes de harcèlement dans l’industrie du divertissement, ainsi que de mettre un terme à la culture du silence qui y règne.

Le remuement actuel dans ces industries à l’employabilité souvent précaire ou instable visait à la base à prévenir les futur.e.s victimes et à amplifier les voix aux survivant.e.s qui devaient se contenter de naviguer ce système de protection et de prévention sous forme de bouche-à-oreille et de réputation douteuse depuis trop longtemps connu et toléré dans les milieux artistiques et nocturnes. En effet, les dénonciations publiques tendent à arrêter le cycle des méfaits et l’emprise que personnes commettant des agressions ont sur leur cercle social et professionnel. Ces personnes, pour la plupart des hommes, se permettent tout, sentant que leur statut social leur donne l’immunité. 

Le contenu des récits de dénonciations, souvent très graphique et déchirant, est maintenant rendu public par le biais de comptes Instagram, de pages Facebook et d’autres comptes anonymes divulgués en ligne. Il est généralement associé à différentes appellations et mots-clics, dont #OnSortLesVidanges #VictimsVoices et la bien sûr, la page « Hyènes en jupons.» Ces cris du cœur puissants résonnant avec tant d’autres forment ce mouvement qui prend de l’ampleur. D’innombrables comptes se créent à présent sur les réseaux sociaux pour amplifier ces voix tues pendant trop longtemps. Comme certain.e.s personnes ayant eu des comportements douteux par le passé le recommandent en ligne, dénonce-toi toi-même, plutôt que d’assujettir tes victimes à la souffrance de le faire.

L’existence même de ces « Hyènes en jupons » trahit les failles du système judiciaire ne protégeant que les personnes (présumées) coupables d’agression, de harcèlement ou de coercion, et laissant trop souvent les survivant.e.s derrière. La collectivité recueille les récits par messages privés et publie anonymement les noms des personnes dénoncées avec un code de gravité de 1 à 3. Malheureusement, la page « Hyènes en jupons » a été fermée récemment sous la pression de Yves-François Blanchet, qui menaçait de poursuivre les administratrices pour diffamation, prouvant lui-même le point judiciaire que l’existence même de la page mettait en lumière.

Dire qu’on soutient les dénonciations ne signifie pas qu’on ne donne pas le bénéfice du doute aux accusé.e.s, ça signifie simplement assez de convictions pour comprendre le courage que demande de telles affirmations et qu’on a assez de courage pour choisir son camp.

Pourquoi alors la couverture médiatique de cette courte période de ras-le-bol collectif a-t-il été marquée par des choix linguistiques blâmant les victimes de prendre la parole et les accusant de vouloir faire du mal aux accusé.e.s? Ces décisions de choisir des mots tels que « une vague de dénonciations déferle » sur le Québec, ou « d’autres dénonciations envahissent les réseaux sociaux »  insinuent que les dénonciations ont un but destructif et malsain.  La réalité étant qu’elles visent seulement à freiner les agressions en publicisant les schémas d’inconduite, étant à la base un système de protection entre victimes pour survivre dans la culture toxique du silence. 

Ces choix linguistiques dans la couverture de la période par les grands médias est décevant, puisqu’ils partent de la supposition de nier complètement les expériences vécues par les survivant.e.s. Assumer que les dénonciations font du mal et non pas les agressions, la coercion, le harcèlement et les viols est à la source du problème.

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