Il était une fois, un vieux roi qui régnait sur un grand royaume. Ce souverain avait trois fils aussi intelligents et nobles les uns que les autres et se questionnait quant à lequel serait plus apte à diriger son royaume lorsque le vieux roi ne serait plus enclin à règner. Il convia donc ses trois fils au château et les invita à relever un défi pour obtenir la succession.
Le défi semblait simple à première vue. Chacun de ses fils devait lui ramener un chien. Les jeunes hommes auraient un an pour compléter la tâche et le fils qui lui ramènerait le plus beau chien serait en lice pour la succession.
Chaque prince partit à l’aventure dans une direction différente avec son entourage. L’aîné prit le chemin du nord. Le cadet voyagea vers le sud. Le benjamin, quant à lui, s’aventura dans l’immense forêt qui recouvrait une grande partie des terres avoisinant le château, une forêt qui lui réserverait de merveilleuses aventures!
Au fil des mois, il acheta de nombreux chiots, des plus petits aux plus gros, et se retrouva à un mois de la date limite avec des canins impressionants le suivant dans la forêt. Cependant, lorsque le prince se retrouva séparé de son entourage lors d’une tempête, il s’égara dans les bois. Ceux-ci étaient si denses qu’il était facile de s’y perdre.
Voyageant désormais seul, le prince arriva près d’un magnifique château profondément caché dans les bois. Lorsqu’il s’en approcha, le portail d’entrée sembla s’ouvrir de lui-même. Le prince avança davantage et vit le château dans toute sa splendeur illuminée. Une fois que ses pas l’eurent mené à la porte d’entrée, des mains blanches semblant sortir de nulle part lui ouvrirent et l’invitèrent à entrer.
Ce qui l’attendait de l’autre côté de la porte principale, il n’aurait pu s’attendre d’un château au milieu des bois. Devant le prince ébahi se trouvait un hall des plus magnifiques, de fils d’or entrelacés dans la tapisserie, aux joyaux précieux ornant les sculptures de crystal et un lustre décoré de minuscules diamants accroché au plafond.
Bien qu’ayant grandi dans une demeure royale lui-même, la magnificience du château dans lequel il se trouvait aujourd’hui n’avait pas d’égal. Une fois qu’il eut repris ses espris, les mains blanches le menèrent à sa chambre et lui retirèrent ses habits de route. Il fut ensuite invité à enfiler des vêtements plus majestueux.
Le prince se dirigea ensuite vers la salle de banquet, où une chaise ornée de pierres précieuses l’attendait. Sur un trône similaire, à la tête de la table, se trouvait la chatte la plus resplendissante que le jeune homme eut jamais vue. Elle avait une fourrure légère et douce qui lui donnait l’air d’un nuage. Ses yeux verts entourés de noir semblaient masquer une intelligence rivalisant celle des humains les plus sages. Le prince prit place à ses côtés et des chats assis sur un piedestal tout près se mirent à jouer un air agréable à la harpe et à la lutte.
À la surprise du jeune homme, la chatte portait à son poignet droit un bracelet en or auquel était accroché un petit portrait du prince. Cette vision surprit le prince, celui-ci n se souvenant pas d’avoir déjà donné un portrait de lui-même à un quelconque félin par le passé.
Durant le repas, on lui montra tous les honneurs, lui amenant ses plats préférés alors que les chats se nourrissaient de proies fraîchement attrapées et lui versant du vin délectable d’un baril sans fond. Lorsqu’il commença à cogner des clous, le prince fut guidé vers sa chambre par les chats domestiques et il dormit dans le lit le plus confortable dans lequel il eut jamais dormi.
Au matin, le jeune homme fut réveillé par du bruit sous sa fenêtre. En jetant un coup d’œil, il vit la cour entière prête à partir à la chasse. Il les rejoignit rapidement, après avoir enfilé les habits qu’on lui avait préparés.
Lorsqu’il atteignit la chatte blanche, il remarqua une scène un peu loufoque qui lui sembla étrangement normale : la chatte montait un petit singe à la façon d’un cheval.
La chatte lui indiqua du regard sa propre monture, un cheval de bois. Initialement insulté par l’offre d’une monture si ridicule, le prince se décida à l’enfourcher de toute façon et fut surpris de réaliser que cette monture était parfaite pour sa taille et sa stature. La chatte prit note de sa surprise et sourit doucement.
Ainsi, le prince passa plusieurs semaines avec la chatte blanche à sa demeure, mangeant, buvant, chassant et se faisant pomponner tant qu’il passa près d’oublier que l’année de sa quête arrivait bientôt à bout. Heureusement que la chatte lui rappela qu’il devait quitter le lendemain pour retourner à la cour de son père, ou il aurait manqué sa chance d’obtenir la succession du trône de son père.
Bien que le prince se sente coupable d’avoir passé proche d’oublier la promesse faite à son père, la chatte le rassura en lui donnant un gland de chêne.
— Tiens ce gland à ton oreille, lui dit-elle.
Dès qu’il l’approcha de son oreille, le prince sembla distinguer l’aboiement d’un tout petit chien.
— N’ouvre pas le gland avant d’arriver à la cour du roi, et tout se passera bien, lui promit la chatte blanche.
Le prince fit donc ses adieux à la chatte blanche, mit le gland dans sa poche et monta son cheval de bois en direction du palais de son père. À son arrivée, ses deux frères étaient déjà de retour avec de jolis petits chiens parfaitement brossés, chacun plus beau que l’autre.
Néanmoins, lorsque le frère benjamin ouvrit le gland et y révéla un tout petit chien noir assis sur un minuscule coussin de soie blanche, les membres de la cour retinrent leur souffle en unisson devant la majestuosité de l’animal. Évidemment, le roi ne put que conférer la victoire à son plus jeune fils.
Cependant, ne désirant pas encore céder sont trône et devant l’insistance des deux autres fils, le roi décida d’envoyer ses garçons à l’aventure à nouveau.
— Celui d’entre vous qui me rapportera le fil de lin de la plus merveilleuse qualité qui soit, assez long pour me fabriquer un vêtement et assez fin pour passer dans la tête d’une aiguille, aura mon royaume en récompense. Vous aurez un an pour compléter ce défi.
Ainsi, pour une seconde fois, les trois princes partirent à l’aventure chacun de leur côté . Nonobstant, cette fois-ci, le plus jeune prince refusa que son entourage l’accompagne dans ses voyages. Il enfourcha plutôt son cheval de bois et chevaucha à grande allure vers le château de la chatte blanche.
À son heureuse surprise, son amie l’attendait au portail de son château, comme si elle savait qu’il reviendrait la visiter immédiatement. Le jeune prince partagea sa quête avec la chatte et elle lui assura qu’elle mettrait les meilleures fileuses au travail dès le jour même. Le prince demeura donc au château de la chatte blanche une année durant et en oublia le temps tant il était heureux. La maîtresse du château dut lui rappeler de retourner auprès de son père une fois l’année écoulée.
Avant le départ du prince, la chatte lui donna une noix de Grenoble et lui fit promettre de ne pas ouvrir sa coque avant son arrivée au palais du roi. Le prince chevaucha donc à nouveau sa monture de bois et se rendit chez son père le cœur léger.
Il était si tard lorsqu’il arriva que ses frères, croyant que le benjamin n’arriverait jamais, avaient déjà révélé leurs fils de lin. L’aîné avait dévoilé un fil de lin capable de passer le trou d’un poinçon. Le cadet avait rapporté un fil de lin approprié pour une aiguille à repriser.
Ainsi, chaque membre de la cour attendait avec impatience la révélation du benjamin. Celui-ci ouvrit donc la coque de la noix pour en sortir une noisette. Il ouvrit cette dernière pour y trouver un noyau de cerise. Ensuite, il brisa le noyau pour révéler un grain de blé.
Commençant à s’inquiéter que ce ne soit qu’une blague de son amie, le prince continua quant même. Dans ce grain de blé, il découvrit une petite graine de millet, dans laquelle se cachait le fil de lin le plus fin qu’il ait jamais vu. Assez fin pour passer dans la tête de la plus petite aiguille qui soit, et long de quatre cents coudées, le fil ne put qu’émerveiller la foule de sa délicatesse. Ce fil pourrait sans restreinte créer un luxueux vêtement pour le roi.
Tous et toutes assistant au spectacle s’exclamèrent que le plus jeune fils avait gagné le royaume pendant que les deux frères plus âgés négotiaient une troisième chance avec leur père. Le roi soupira. Puis, le roi décida d’envoyer ses fils compléter une troisième quête.
— Vous aurez un an pour me ramener la femme la plus sage et la plus belle que vous pourrez rencontrer. Vous devrez ensuite la marier afin de régner sur le royaume ensemble.
Ainsi, les trois frères repartirent à l’aventure une dernière fois. L’aîné chevaucha vers le nord, le cadet vers le sud et le benjamin se mit aussitôt en direction du château de la chatte blanche. Cette dernière le rassura, lui promettant qu’elle ferait tout en son pouvoir pour l’aider.
Lorsque l’année accordée arrivait bientôt à échéance, la chatte blanche rappela au prince qu’il se devait de retourner au château de son père avec la plus belle et intelligente femme au monde.
Pris de panique, le prince commença à regretter d’avoir passé tout son temps au château de la chatte blanche. Maintenant, il manquerait de temps pour trouver le jeune femme et ne pourrait jamais régner sur le royaume de son père!
— Oui, tu le pourras, dit la chatte blanche. Écoute-moi, prends ton épée la plus affûtée et tranche-moi la tête. Ensuite, jette mes restants dans le feu.
Le prince refusa, ahuri d’entendre une telle demande de la part de son amie. Il affirma même qu’il préfèrerait ne jamais accéder au trône plutôt que de faire du mal à celle assise près de lui.
La chatte blanche le rassura que ce geste serait en fait le plus grand service qu’il pourrait lui rendre. Le prince, les larmes aux yeux, décida donc de suivre ses instructions. Il trancha la tête de la chatte et jeta sa dépouille dans le feu. À sa grande surprise, des étincelle et de la fumée roses émanèrent du feu, puis la femme la plus magnifique qu’il ait jamais vue sortit lentement des flammes et lui sourit.
— L’enchantement est maintenant brisé. Sans ton aide, cher prince, je serai restée une chatte des décennies durant jusqu’à ma mort. Les fées qui m’ont élevée ont été très insultées que je leur refuse de marier le goblin auquel on m’avait promise, mais je savais que j’étais destinée à marier le prince dont le portrait était accroché à mon poignet. Elles m’ont donc jeté cet enchantement. Maintenant, si tu m’aimes autant que je t’aime, amène-moi au palais de ton père et nous règnerons ensemble sur le royaume.
Le prince, une expression de choc toujours marquée sur son visage, acquiesça. Il se questionnait sur ses sentiment, mais voulait honorer la profonde amitié qu’il avait développée avec sa compagne.
Ainsi, le prince et son amie se préparèrent pour le voyage à l’aide des domestiques redevenus humains, puis montèrent leurs chevaux redevenus équins à leur tour. Ils chevauchèrent toute la soirée jusqu’à se rendre au palais du roi. Le duo entra dans la salle du trône in extremis, alors que le roi tentait de décider entre deux jeunes femmes jolies et futées à la fois.
Dès que le souverain posa les yeux sur la nouvelle venue, il concéda qu’elle était la plus magnifique des trois. Il lui posa quelques questions pour tester sa sagesse et conclut rapidement qu’elle était également la plus réfléchie des contendantes.
Le roi désira donc donner sa couronne à son plus jeune fils, mais l’amie de celui-ci refusa à sa place, expliquant qu’elle était reine de cinq royaumes. Elle en donnerait volontiers un au fils aîné et à sa future femme, et ferait la même chose pour le fils cadet et sa compagne. Le benjamin et sa moitié règneraient ensuite sur les trois restants.
Chacun.e fut donc contenté.e et tous et toutes règnèrent avec honneur et bonté pour le restant de leurs vies.
La série Contes de fée méconnus englobe des contes, mythes et légendes varié.e.s provenant des quatre coins du monde. Pour en lire davantage, visitez cette page dédiée aux articles de fiction.
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