Autrefois, dans un petit village vivaient un meunier et sa fille devenue femme. Le père cherchait un homme décent à qui marier sa fille afin de lui assurer un bon futur.
Un jour, un prétendant à l’allure aisée vint le visiter pour demander la main de sa fille. Puisque le jeune homme semblait bien élevé et de moyens, le père n’y vit aucun inconvénient et accepta la proposition du jeune homme.
Cependant, lorsque la jeune femme rencontra son prétendant, elle eut un mauvais préssentiment. Des frissons montèrent le long de sa colonne et son cœur battait la chamade de panique. Un sentiment d’horreur l’enveloppait, bien qu’elle ne réussisse à l’expliquer.
Lors d’une de ses visites, le fiancé dit à sa promise qu’il aimerait qu’elle vienne le visiter chez lui, puisque c’était toujours lui qui la visitait. La jeune femme refusa, donnant comme excuse qu’elle ne savait pas où il habitait. Il lui répondit qu’il habitait profondément dans les bois. Elle rétorqua qu’elle ne pouvait s’orienter jusque là-bas toute seule. Le fiancé lui expliqua donc que, ce dimanche, il préparerait une piste de cendres de l’entrée des bois à la lisière de la clairière où se trouvait sa maison. Il dit qu’il ferait venir d’autres invités pour s’assurer de la mettre bien à l’aise chez lui.
Cette dernière phrase et le sourire qui s’en suivit donna à nouveau des frissons à la jeune femme. Elle sentit son sang se glacer. Quelque chose ne tournait pas rond chez cet homme! La jeune femme déglutit, mais aquiesça tout de même, démontrant son accord à la proposition.
Le dimanche venu, la demoiselle remplit ses poches de pois et de lentilles, puis se mit en chemin vers les bois. Lorsqu’elle arriva à l’extrémité de la forêt, elle franchit le seuil des arbres et chercha la piste de cendres à suivre. Une fois la piste répérée, la jeune femme la suivit d’un pas hésitant. À chaque enjambée, la jeune dame s’assurait de disperser des pois et des lentilles d’un côté, puis de l’autre.
Lorsqu’elle eut marché l’entièreté des heures du jours et que la lune se levait dans le ciel, elle arriva dans une petite clairière au fond des bois. Dans cette ouverture dans la forêt se trouvait une petite maison en bois solitaire. Ses parois pleines de mousse brillante avaient un air fantomatique dans le clair de lune. Les fenêtres noircies par la suie du feu de cheminée ne laissaient pas entrevoir l’intérieur, comme si la maison avait quelque chose à cacher. Une odeur de feuilles en décomposition emplissait la clairière et le son des insectes et des petits animaux se promenant dans les alentours donnaient à la scène un air d’autant plus lugubre.
Un oiseau vint se poser près d’elle et scanda :
Retournez chez vous, retournez chez vous
Jeune fiancée, vous mariez la mort, vous perdrez tout
Vous entrez chez le meurtrier, dans l’antre du loup
L’oiseau disparut aussi rapidement qu’il était atterri.
La jeune femme avança vers la porte d’entrée de la résidence. Lorsqu’elle posa les pieds sur les planches de l’escalier, le craquement fit fuir quelques rongeurs qui s’étaient réfugiés en-dessous. Un hibou hulula. La demoiselle cogna à la porte trois coups. Après quelques minutes à attendre dans la soirée maintenant bien installée, elle ouvrit la porte et entra dans la résidence. Dès le premier pas, son instinct lui dit de courir. Ne voyant aucun danger apparent, la femme fit le tour des salle qu’elle encontra, à la recherche de son fiancé. Seulement lorsqu’elle arriva dans le cellier croisa-t-elle quelqu’un, une vieille dame en habits de servante.
— Vous êtes dans l’antre du loup! Les hommes que je sers ici sont de vrais démons. Retournez chez vous, jeune fiancée, dit la dame.
Soudain, des cris stridents et des bruits de pas se firent entendre tout près.
— Venez, nous nous sauverons après, j’ai un plan de longue date, ajouta la dame.
La vieille dame poussa la jeune femme derrière un baril dans la pénombre du cellier et lui fit signe de rester silencieuse. Quelques secondes plus tard, le fiancé, accompagné de plusieurs hommes vêtus tout aussi fièrement, portèrent une adolescente en pleurs dans la salle. Ils enlevèrent le sac sur sa tête et elle continua de crier de plus belle jusqu’à s’en casser la voix.
La jeune femme derrière le baril songea au long chemin qu’elle avait pris pour se rendre profondément dans les bois. « Le bruit se perdra dans le fin fond de la forêt », se dit-t-elle mentalement.
Les hommes forcèrent l’adolescente à boire trois verres de vin, l’un après l’autre. Pour débuter, ils lui donnèrent un verre de vin blanc de force, ensuite, un verre de rouge, puis un jaune. L’un des hommes prit son pouls et dit que son cœur s’était enfin arrêté.
Le fiancé sortit donc un étrange couteau de l’armoire et frappa le cou de la fille d’un coup, tranchant sa tête nette. La jeune fiancée et un hoquet d’horreur, mais avant qu’elle soit découverte, la vieille dame le remarqua et agit comme si c’était le sien. Les hommes la regardèrent avec mépris, puis lui donnèrent comme insruction d’aller chercher le seau près du baril pour récupérer le sang qui coulait à profusion de cou de la jeune fille. La vieille femme déglutit, puis s’affaira à récupérer le sang.
Ensuite, les hommes continuèrent de dépecer la fille sur la table, la coupant en petits morceaux. Lorsque l’un des hommes ne réussit pas à retirer l’une des bagues au doigt de la jeune fille, il le trancha d’un coup sec. Sous le choc, le doigt mutilé revolta dans les airs avant d’attérir sur les genoux de la jeune femme cachée derrière le baril. L’homme grogna, puis dit à la vieille femme de lui apporter une chandelle, histoire qu’il puisse aller regarder derrière le baril. La dame âgée intervint, lui disant de plutôt profiter de son repas et que le doigt ne s’enfuirait pas durant la nuit; il pourrait le chercher la lumière du matin venue. Les hommes terminèrent donc de dépecer la fille, puis la salèrent avant de la déguster comme la viande la plus exquise qui soit.
Pendant ce temps, la vieille dame leur servit du vin chaud auquel elle avait ajouté une fiole de liquide en cachette. Alors qu’ils terminaient leurs dernières bouchées de chair interdite, les hommes s’endormirent. Lorsque la femme toujours hors de vue derrière le baril les entendit ronfler, elle osa jeter un coup d’œil sur la scène sanglante devant elle.
Croisant le regard de la vieille dame qui lui indiqua de rester silencieuse, la jeune femme enjamba furtivement son fiancé endormi pour sortir du cellier. Une fois dehors, les deux femmes respirèrerent plus profondément. La jeune dame dirigea la servant vers le chemin dans la forêt. La ligne de cendres s’était déjà envolée au vent, mais les pois et les lentilles jeté.e.s au long du chemin avaient germé et montaient dorénavant vers le clair de lune. Les deux femmes se tinrent par la main et suivirent le chemin jusqu’à la sortie des bois.
Lorsqu’elles eurent fini leur traversée des bois, le soleil se levait déjà. Les femmes se remercièrent, puis la jeune femme amena la vieille dame chez son père avant de lui raconter les horrreurs dont elles avaient été témoin.
Quelques jours plus tard arriva la date du mariage entre la jeune femme et son fiancé. Pour la célébration, les résidents et les résidentes du village ainsi que les deux tourtereaux se réunirent pour boire un coup en racontant des histoires. Lorsque ce fut le tour de la jeune femme de partager un conte, elle se tourna vers son fiancé.
— Mon chéri, il y a quelques jours, je suivis un chemin de cendres dans les bois jusqu’à une clairière, mais ce n’était qu’un rêve. J’entrai dans une maison et je me cachai derrière un baril, mais, mon amour, ce n’était qu’un rêve. Des hommes entrèrent avec une adolescente qu’ils tuèrent, mais, chéri, ce n’était qu’un rêve. Ils lui tranchèrent un doigt pour retirer une bague en or et j’ai ce doigt avec moi ici.
La jeune femme sortit le doigt de sa poche et le montra à tout le monde présent. Le fiancé tenta de s’enfuir, mais les villageois et les villageoises l’en empêchèrent. Il fut rapidement attrapé avant d’être mené devant la cour, où il fut jugé, puis exécuté avec ses complices.
La série Contes de fée méconnus englobe des contes, mythes et légendes varié.e.s provenant des quatre coins du monde. Pour en lire davantage, visitez cette page dédiée aux articles de fiction.
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