Dans l’ancien pays, il y avait un vieux sorcier connu pour enlever les jeunes femmes. Nul.le ne savait ce qu’il en faisait, puisque personne ne les revoyait jamais! On disait qu’il décimait la population des villages éloignés, enlevant les jeunes femmes une par une, sans que personne ne puit jamais l’arrêter.
Lorsqu’on eut oreille de la présence du vieux sorcier dans la région, on prévint toutes les filles et les jeunes femmes de faire attention à ne pas sortir seules de chez elles.
Quelques jours plus tard, un mendiant vint sonner à la maison d’un couple âgé y vivant avec leurs trois filles. L’aînée partit répondre à la porte. Le mendiant lui demanda l’aumône. La jeune femme lui apporta donc un bout de pain. Dès qu’elle fit contact avec sa peau, l’aînée fut propulsée dans le sac du vieux mendiant — qui était en fait le sorcier déguisé.
Le sorcier emmena la jeune femme à sa maison et la libéra.
— Ma demoiselle, dit le sorcier d’un ton qui se voulait enjôleur. Vous aurez tout ce que vous désirez en vivant dans ma maison, mais vous ne devez jamais visiter la salle close dans le sous-sol. De plus, vous devez garder cet œuf sur vous en tous temps. Rien ne peut lui arriver. Faites fi de mes instructions et vous paierez de votre vie. Je serai de retour demain.
L’aînée déglutit et acquiesça. Elle prit l’œuf et dit au revoir au sorcier. Dès qu’il eut quitté la demeure, elle chercha une façon de quitter la maison, sans succès. Finalement, elle décida d’aller voir si elle pouvait s’échapper du sous-sol.
Elle ouvrit la porte y menant… et échappa l’œuf de surprise devant la scène d’horrreur qui se trouvait devant ses yeux. Celui-ci tomba dans un bassin rempli de liquide rouge sang dans lequel flottaient des membres et des organes humains. Se rappelant l’avertissement de son kidnappeur, elle se dépêcha de ramasser l’œuf et de l’essuyer.
Elle regarda plus en détails autour d’elle et vit non seulement une table d’opération ensanglantée, mais aussi de multiples outils de torture usés à la corde. Elle devait sortir d’ici!
La jeune femme regarda l’œuf. Bien qu’elle ne cesse de l’essuyer, les taches de sang ne semblaient pas disparaître pour autant. Elle partit donc l’essuyer dans la cuisine à l’aide de l’eau du puit, prenant soin de bien refermer la porte du sous-sol derrière elle. C’était sans espoir, le sang sur l’œuf ne semblait que se multiplier avec ses efforts!
Un jour plus tard, comme convenu, le sorcier revint voir la jeune femme dans sa maison. Il lui demanda aussitôt de lui montrer l’œuf. Elle s’exécuta avec crainte.
— Tu as fait fi de mes instructions, dit le sorcier, affichant un air sombre. Tu paieras de ta vie!
La jeune femme n’eut même pas le temps de cligner des yeux qu’elle se retrouva aussitôt attachée sur la table dans le sous-sol, le sorcier armé d’une hache au-dessus d’elle. L’homme eut un sourire mesquin, puis donna un coup de hache vers le bas, tranchant la tête de la jeune femme nette. Il continua ensuite de la dépecer, puis jeta sa dépouille en morceaux dans le bassin de sang.
Le lendemain soir, il repassa à la maison du vieux couple, enlevant cette fois-ci la sœur cadette en prétendant être un jeune étranger ayant besoin d’aide pour retrouver son chemin. Comme avec sa sœur aînée, dès qu’il fit contact de la peau de la main de la jeune femme, elle se retrouva instantanément dans son sac. Il l’amena chez lui et lui fit le même discours qu’il avait fait à sa sœur quelques jours plus tôt.
— … Faites fi de mes instructions et vous paierez de votre vie. Je serai de retour dans un jour.
La jeune femme, plus effrontée que sa sœur aînée, refusa initialement de prendre l’œuf, mais changea d’avis lorsqu’elle croisa le regard du sorcier. Elle acquisça et partit se réfugier dans l’une des chambres de la maison.
Elle se questionna quant à ce que pouvait bien contenir le sous-sol. Peut-être le sorcier y cachait-il sa fortune? Elle se dit qu’y jeter un coup d’œil ne ferait pas de mal. Il n’en saurait rien!
La jeune femme partit donc vers le sous-sol, son œuf sous le bras. Elle entrouvrit la porte doucement, jetant un bref regard à l’intérieur. Ce qu’elle y vit la fit tituber de peur. Elle tomba vers l’arrière, fracassant l’œuf sur le sol en même temps.
La sœur cadette tenta de ramasser les morceaux d’écaille le mieux qu’elle put, en vain. Ses yeux se remplirent de larmes. Que lui ferait le sorcier?
Le lendemain, comme prévu, le sorcier revint à la maison. Il demanda à la jeune captive de lui montrer son œuf. Elle lui montra l’œuf fracassé dans un bol.
Aussitôt, la jeune femme se retrouva dans la même situation que sa sœur aînée, en morceaux dans le bassin sanglant.
Quelques jours plus tard, le sorcier retourna à la demeure du vieux couple. Cependant, dû aux enlevements récents, on ne laissait plus la sœur benjamine répondre à la porte. Ainsi, le sorcier attendit que la jeune femme quitte la résidence pour aller aux toilettes derrière la maison et l’accosta en prenant l’apparence d’un villageois local illettré.
Il lui demanda de l’aide pour lire une lettre. De bon cœur, la jeune femme prit le morceau de papier pour le lire. Dès qu’elle frôla la peau du visiteur, elle se retrouva dans son sac et il l’emmena chez lui.
Le sorcier fit le même discours à la benjamine qu’à ses deux sœurs, promettant toujours de revenir le lendemain.
Dès qu’il quitta la maison, la plus jeune sœur tenta d’ouvrir les fenêtres et les portes sans succès. Elle déposa l’œuf par terre, puis força la porte menant au sous-sol. Outrée par la vision qu’elle y encontra, elle faillit marcher sur l’œuf en reculant, mais se rattrapa de justesse. Elle avança dans la pénombre.
Lorsqu’elle discerna les têtes de ses sœurs flottant dans le bassin, elle eut un haut-le-cœur d’horreur. Elle s’empressa de ramasser les morceaux des dépouilles de ses sœurs adorées et les rabibocha. À sa surprise, une fois les corps et les têtes réuni.e.s, ses sœurs reprirent vie et la remercièrent. Les trois jeunes femmes se firent une étreinte serrée, heureuses de se retrouver.
La benjamine cacha ses deux sœurs dans un vieux placard avant l’arrivée du sorcier et s’assura de nettoyer toute trace de sa présence dans la salle interdite.
Le sorcier revint à la maison le lendemain, demandant à voir l’œuf. La jeune femme lui présenta l’œuf propre et intact. L’homme descendit au sous-sol et trouva tout en ordre.
— Tu as réussi l’épreuve, tu seras donc ma femme et je te donnerai tout ce que tu voudras, dit le sorcier enjoué.
La benjamine feignit un sourire heureux et remercia le sorcier. Elle lui demanda d’aller porter un gros sac d’or chez ses parents en guise de cadeau de mariage. Elle lui dit qu’elle le préparerait et lui apporterait à la porte. Il acquiesça et lui indiqua la position de son coffre de pièces.
La jeune femme partit aussitôt rejoindre ses sœurs.
— Voici votre chance de vous enfuir. Montez dans ce bissac avec les pièces d’or et revenez avec de l’aide, dit la benjamine.
La jeune femme emmena le lourd sac à l’entrée et envoya le sorcier le porter chez ses parents.
— Mais, cher fiancé, ne vous arrêtez point pour prendre une pause, je vous observerai de la fenêtre, dit la jeune femme.
Ainsi, le sorcier partit avec le bissac en direction de la demeure de se beaux-parents. Lorsqu’il tenta de faire une brève pause pour reprendre son souffle, il entendit une voix dans son oreille lui dire de continuer son chemin. Il crut que c’était sa fiancée qui projetait sa voix depuis la fenêtre. En fait, c’était l’une de ses sœurs qui lui chuchotait depuis le sac. Le sorcier continua à avancer.
Cette scène se reproduit plusieurs fois, si bien que le sorcier se rendit à la demeure familiale sans avoir pris de temps d’arrêt. Il offrit le bissac aux parents de la benjamine sans réaliser ce qu’il contenait vraiment et invita le couple aux noces à venir.
Le jour du mariage, alors que le sorcier attendait les invité.e.s, la jeune sœur plaça une tête de mort agrémentée d’une couronne de fleurs dans la lucarne du grenier de la maison. Ensuite, elle se recouvrit de miel et se roula dans un lit de plumes, si bien qu’elle eut l’air d’une géante oisel. Lorsqu’elle sortit dans la rue, on lui demanda :
— Oisel emplumée, d’où viens-tu?
— Je viens du château de la plume, répondit-elle.
— Et que fait la jeune future? lui demandit-on.
— Elle est en haut de la maison, à vous guetter par la lucarne.
Vint enfin le futur, qui demanda à son tour :
— Oisel emplumée, d’où viens-tu?
— Je viens du château de la plume, répondit-elle encore.
— Et que fait la jeune future?
— Elle est en haut de la maison, à vous guetter par la lucarne.
Le sorcier fit des signes de la main à celle qu’il croyait être la jeune future dans la lucarne. Il guida ensuite ses invité.e.s à l’intérieur de la maison pour leur présenter sa promise. Dès que tous et toutes furent à l’intérieur, les proches de la jeune femme arrivèrent et fermèrent fenêtres et portes de la maison avant de les placarder. L’oisel emplumée mit ensuite feu à la résidence, brûlant le sorcier et ses proches perfides vivant.e.s.
La série Contes de fée méconnus englobe des contes, mythes et légendes varié.e.s provenant des quatre coins du monde. Pour en lire davantage, visitez cette page dédiée aux articles de fiction.
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