Un Chat qui avait rencontré une Souris il y a peu de temps avait tout vanté l’amitié et l’affection qu’il éprouvait pour elle qu’elle avait fini par accepter d’aller vivre avec lui afin de partager les responsabilités ménagères.
— Nous devons nous préparer pour l’hiver, petite Souris, ou la faim aura de nous. Et toi, tu ne dois pas t’éloigner de la maison ou tu te retrouveras les pattes dans une trappe.
Ainsi, le Chat chassa assez durant les prochaines semaines pour remplir tout un pot de graisse. La Souris et la Chat ne savaient pas où entreposer jusqu’à l’hiver. Le félin proposa d’aller cacher le pot de graisse dans un recoin de l’église. La Souris s’y accorda et le Chat partit à l’église avec le pot pour le placer en sureté.
Ce ne fut pas long avant que le Chat ne rêve du pot de graisse jour et nuit.
— Petite Souris, ma cousine a eu un chaton et aimerait bien me nommer parrain du petit. Je dois donc quitter la maisonnée pour me rendre au baptême. Pourrais-tu t’occuper de la maison pendant ce temps?
La Souris acquiesça, félicitant le Chat pour le nouveau membre de la famille et l’invitant à penser à elle en buvant le vin cérémonial.
Le Chat partit donc à l’église, non pas pour célébrer le baptême, puisqu’il n’y avait pas de cousine ou de chaton, mais plutôt pour aller se délècher devant le pot de graisse.
Lorsqu’il fut arrivé à la cachette, le Chat ouvrit rapidement le pot et y trempa sa patte avant de la lécher de sa langue rugueuse. Il apprécia tellement le goût qu’il trempa sa patte encore et encore dans le récipient, jusqu’à ce que le tiers supérieur de la graisse dans le pot ait disparu. À ce point, le Chat remit le couvercle bien serré et retourna à la maison.
— Bon matin, grand Chat. Comment s’est passé le baptême? Quel est le nom du petit? demanda la Souris, qui avait passé la journée à nettoyer la maisonnée.
— On l’a nommé « Dessus-Parti ». C’est un magnifique chaton blanc tacheté de brun, répondit le Chat.
— Quel nom étrange! Est-ce de famille?
— Pourquoi serait-ce étrange? « Vole-Pain », le nom de ton filleul, n’est pas bien mieux! rétorqua le Chat, faussement indigné par la remarque.
Quelques jours plus tard, alors que le Chat rêvait encore du pot de graisse, le Chat appela la Souris.
— Petit Souris, je dois encore te quitter pour un moment. Mon cousin a eu un chaton et m’a choisi comme parrain. Il dit que ce chaton aurait un anneau blanc autour du cou et est magnifique à voir! Pourrais-tu t’occuper de la maison durant mon absence?
La Souris acquiesça, félicitant le Chat pour le nouveau membre de la famille et l’invitant à penser à elle en buvant le vin cérémonial.
Le Chat remercia la Souris et accourut à l’église, encore une fois non pas pour une baptême, mais pour dévorer la graisse. Il trempa sa patte dans le pot tant de fois qu’il le finit à moitié. Rassasié, le Chat remit le couvercle et retourna à la maison.
— Comment était le baptême? demanda la Souris, qui avait cuisiné toute la journée, au retour du Chat.
— C’était merveilleux! Mon filleul s’appelle « Mivide ».
— Quel nom étrange! Mais j’imagine qu’il y a pire, se reprit la Souris.
Ainsi, le Chat et la Souris continuèrent leur partenariat domestqiue pour quelques jours de plus, mais le Chat n’était toujours pas satisfait.
— Petite Souris, une autre cousine vient d’avoir un chaton et aimerait que son enfant soit ma filleule. Le chaton serait parfaitement noir comme moi, je ne puis refuser, mentit le Chat.
La Souris acquieça, félicitant le Chat pour le nouveau membre de la famille et l’invitant à penser à elle en buvant le vin cérémonial.
Le Chat prit à peine le temps d’écouter la réponse de la Souris. Il accourut expressément à l’église et dévora le reste de la graisse dans le pot en un clin d’œil. Il referma le couvercle sur le pot vide et cacha celui-ci à nouveau. Enfin, le Chat retourna à la maison.
— Comment va le chaton? demanda la Souris au Chat, fatiguée d’avoir réparé toutes sortes de choses dans la maison durant la journée.
— La petite chatte va à merveille! répondit le Chat. Son nom est « Toufini ».
La Souris félicita le Chat à nouveau et se mit au lit. Les semaines passèrent et plus personne ne demanda au Chat d’être parrain à nouveau.
Lorsque le temps se rafraichit, puis que l’hiver s’installa, le ventre de la Souris commença à gargouiller, mais le garde-manger était vide.
— Grand Chat, on ne trouve plus rien à se mettre sous la dent, il serait temps de sortir le pot de graisse que nous avons conservé pour l’hiver.
Le Chat et la Souris partirent donc ensemble vers l’église, le rongeur trottant d’excitation. Une fois arrivé.e.s à la cachette, la Souris vit bien que le pot était vide. Elle se tourna vers la Chat, la trahison se lisant sur son visage.
— Mais qu’as-tu fait, grand Chat? Quel ami tu es pour moi… Tu as dû tout dévorer la graisse lorsque tu étais censé être parrain, n’est-ce pas?
Le regard du Chat tournait au noir. La Souris continua.
— Je comprends les noms étranges maintenant : Dessus-Parti, Mivide…
— Tais-toi! lui cria le Chat de façon menaçante.
— … et Toufini!
La Souris n’eut pas le temps de finir sa syllable que le Chat l’avala tout rond.
Ainsi va le monde.
La série Contes de fée méconnus englobe des contes, mythes et légendes varié.e.s provenant des quatre coins du monde. Pour en lire davantage, visitez cette page dédiée aux articles de fiction.
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