Au VI e siècle dans la ville de Vannes, le roi Guerech n’avait qu’une seule fille, appelée Tréphine. Il l’aimait plus que tout. Il l’aimait tellement qu’il aurait préféré perdre tout ce qu’il possédait, jusqu’à la chemise sur son dos, plutôt que de la voir malheureuse.
Un jour, un ambassadeur vint du comté de Cornouailles visiter le roi. Le comte de Pluvigner, Comorre, était un souverrain puissant en ces temps-là. Il était aussi connu comme un homme tyrannique et cruel à Porh-Hoët-er-Saleu.
Lorsqu’il se présenta au roi de Vannes, le comte demanda la main de sa fille en mariage. Sachant que ses quatre premières femmes avaient été assassinées par sa main, Guerech lui répondit que sa fille m’était pas encore en âge de se marier. Le comte, qui la désirait depuis qu’il l’avait vue se promener lorsqu’il était venu déguisé lors de la dernière fête foraine, ne prit pas cette réponse amicalement. Plutôt, il menaça le roi de marcher sur Vannes avec son armée s’il ne changeait pas d’opinion.
Le roi refusa toujours.
Ainsi, le comte Comorre prépara ses hommes et se rendit jusqu’en dehors de la ville de Vannes. Appelant le souverrain à reconsidérer, Comorre était aux portes, prêt à attaquer avec son armée.
Pendant ce temps, la princesse Tréphine priait dans l’oratoire lorsque Saint Gildas lui apparut.
— Princesse Tréphine, les hommes bretons sont prêts à s’entretuer. Vous pouvez les en arrêter en acceptant de marier le comte Comorre.
— Mais, Saint Gildas, j’ai peur, répondit Tréphine. On dit qu’il aurait assassiné ses quatre premières femmes.
— N’ayez crainte, princesse! Voici un anneau en argent aux propriétés magiques, lui dit Saint Gildas en lui tendant une bague d’argent blanc. Cet anneau restera blanc tant et aussi longtemps que Comorre aura des pensées affectueuses à votre égard. Si l’anneau tourne au noir de jais, cela signifie que vous êtes en danger, puisque Comorre aurait de mauvaises pensées et vous voudrait du mal.
La princesse prit l’anneau et le mit à son doigt. Elle partit voir son père pour lui indiquer qu’elle accepterait de marier Comorre pour sauver les hommes de Bretagne du carnage.
La semaine qui suivit vut le mariage de Comorre et Tréphine. Guerech était triste et inquiet de devoir se séparer de sa fille, mais lui faisait confiance et comprenait les raisons qui avaient motivé sa décision.
Dans les mois qui suivirent l’union, Comorroe surprit la princesse de sa douceur et de son attention. Le comte semblait s’être adouci. Lui qui, autrefois, avait vu sa mère sonner la cloche pour avertir la gente qu’il descendait dans le village tant il était mesquin et que les gens en avaient peur, avait à ce jour un donjon vide et aucune exécution à enregistrer depuis son mariage. Cependant, Tréphine n’était toujours pas heureuse. Elle craignait de provoquer son mari de quelque façon que ce soit.
Un beau jour, le comte Comorre reçut une missive lui indiquant que sa présence était requise à un rassemblement de princes bretons à Rennes. Comorre décida de s’y présenter, ce qui signifiait qu’il devrait quitter Tréphine pour six mois. Il donna son trousseau de clefs à la princesse, incluant les clefs du cellier, et partit pour Rennes.
Lorsqu’il revint, il trouva Tréphine dans leur chambre en train de tricoter un bonnet pour bébé. Comorre lui demanda pour quel bébé elle tricotait le bonnet. Elle lui répondit que c’était pour le leur puisqu’il arriverait bientôt.
Comorre partit en furie, ce qui surprit Tréphine, qui l’aurait cru heureux d’apprendre la nouvelle. À l’inverse, la princesse remarqua que son anneau avait tourné au noir dès qu’elle avait appris la nouvelle à son mari.
Tréphine fut prise de peur et se rendit immédiatement à la chapelle du château. Après qu’elle eut prié pendant quelques minutes, quatre entités fantomatiques lui apparurent. Surprise, Tréphine les questionna. Elle lui dirent qu’elles étaient les femmes précédentes de Comorre et que Tréphine se devait de quitter la résidence sur-le-champ.
— Mais où irai-je? Je porte un enfant à naître, répondit-elle en pleurant.
Les femmes lui répondirent en cœur qu’elle pouvait retourner auprès de son père à son château à Vannes. L’enfant de Comorre était prédit de causer sa destruction et son mari était au courant de la prophécie. Tréphine ne serait jamais plus en sécurité avec lui, ni elle, ni son enfant à naître.
Tréphine se résigna à retourner au pays de blé blond, chez son père. Elle questionna ensuite les apparitions de femme sur les étapes à prendre.
— Comment devrai-je passer les chiens de garde du château? demanda Tréphine.
— Avec le poison qui m’a tuée, répondit la première apparition.
— Comment devrai-je grimper le grand mur qui entoure le château?
— Avec la corde qui m’a pendue, dit la seconde apparition.
— Comment devrai-je m’orienter dans la pénombre lors de mon voyage?
— Avec la lumière du feu qui m’a brûlée, continua la troisième apparition.
— Comment devrai-je me rendre aussi loin à pied?
— Avec le bâton qui m’a fendu le front, termina la quatrième apparition.
Ainsi, Trèphine prit le chemin de Vannes en utilisant le poison, la corde, le feu et le bâton que lui avaient donné.e.s les apparitions.
Pendant qu’elle s’échappait, Comorre la cherchait dans toutes les salles du château. Tréphine était tout de même bien loin lorsque son mari partit à sa poursuite. Il grimpa tout en haut de sa plus haute tour et regarda au loin pour détecter la direction dans laquelle Tréphine s’était enfuie. Il la vit au loin sur une route avec son bâton. Il rassembla ses hommes et ses chiens, puis partit à la poursuite de sa femme.
Voyant que le soleil se levait et qu’elle serait bientôt plus visible, Tréphine s’arrêta près de la route et chercha un endroit où se cacher. Elle trouva finalement l’humble demeure d’un berger dans laquelle elle passa les heures du jour les plus illuminées en se reposant. Lorsque la nuit vint, elle reprit son chemin.
Le jour suivant, Comorre s’approcha de la demeure en bord de route et entendit une mésange imiter les grognements de douleur de Tréphine et sut qu’elle était passée par là récemment.
Pendant ce temps, Tréphine avait arrêté d’avancer. Ses contractions étaient si fortes qu’elle n’arrivait plus à mettre un pied devant l’autre. Elle dut donc donner naissance à son fils sur place. Elle nomma son petit garçon Trémeur.
Ensuite, elle entendit des chevaux approcher et cacha immédiatement son fils dans le creux d’un arbre. Elle était dans une clairière près du château de son père. Si près, mais si loin à la fois!
Les chiens de Comorre semblaient avoir retracé son odeur, elle se leva droite et fière et attendit son mari. Un faucon se posa près de la princesse. Elle reconnut la bague en or de l’oiseau de son père. Elle lui donna donc son anneau d’argent devenu noir et l’envoya au château de son père.
Lorsque Comorre trouva sa femme, il ne prit même pas la peine de lui adresser la parole et lui trancha la tête de son sabre aiguisé. Comorre, ainsi satisfait, reprit le chemin de sa propre demeure.
Au même moment qu’il rebroussait chemin, le père de Tréphine, qui soupait avec Saint Gildas, reçut l’anneau d’argent devenu noir apporté par le faucon à la bague doré. Guerech sut immédiatement que sa fille était en grave danger.
Le roi de Vannes quitta donc son château à la hâte avec ses hommes, suivant le faucon à cheval jusqu’à une clairière tout près. Là, étendue près d’un tronc d’arbre, le roi vit le corps inerte de sa fille unique, sa tête non loin de là.
Le cœur brisé, le père orphelin envoya ses camarades parcourir le terrain aux alentours à la recherche d’un bébé. Soudain, un cri de nouveau-né se fit entendre, comme si le petit être avait réalisé qu’on le cherchait pour le sauver. Le roi suivit le son et prit son petit-fils dans ses bras.
Saint Gildas apparut dans la clairière, à la surprise de tous. Il pria tout haut et la tête de Tréphine se rattacha à son corps et revint à la vie.
Ensuite, Saint Gildas indiqua aux gens réunis le chemin vers le château de Comorre et tous et toutes se mirent en marche. Une fois arrivés près de la demeure, Saint Gildas fit une demande à Comorre.
— Comorre, votre fils et votre femme sont ici, les prendrez-vous sous votre aile?
Le silence s’en suivit.
Saint Gildas prit l’enfant des bras de son grand-père et le déposa sur le sol. Pa rmiracle, le nouveau-né se leva et se mit à marcher. Il avança quelques pas vers le château, se pencha, puis ramassa une poignée de sable sur le sol. Le nouveau-né jeta ensuite le sable sur le château.
La construction de pierres trembla, puis tomba en ruines dans un bruit de tonnerre, ensevelissant ses occupants sous les décombres. Le tyran Comorre n’était plus. La princesse prit son enfant dans ses bras et tous et toutes retournèrent à Vannes.
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